{"id":54,"date":"2012-02-04T13:54:29","date_gmt":"2012-02-04T13:54:29","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cherasse.com\/?p=16"},"modified":"2025-10-13T10:12:33","modified_gmt":"2025-10-13T08:12:33","slug":"la-croix","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cherasse.com\/index.php\/2012\/02\/04\/la-croix\/","title":{"rendered":"La croix"},"content":{"rendered":"<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; mso-outline-level: 1;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Garamond;\"><strong style=\"mso-bidi-font-weight: normal;\"><span style=\"font-size: 14pt; mso-bidi-font-size: 10.0pt;\">La Croix.<\/span><\/strong><strong style=\"mso-bidi-font-weight: normal;\"><span style=\"font-size: 14pt; mso-bidi-font-size: 10.0pt;\"><\/span><\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"font-size: 14pt; mso-bidi-font-size: 10.0pt;\"><span style=\"color: #000000; font-family: Garamond;\">\u00a0<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt; mso-bidi-font-size: 10.0pt;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Garamond;\"><span style=\"mso-tab-count: 1;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/span>La ferme de la Croix \u00e9tait situ\u00e9e \u00e0 la sortie ouest du village de Thionne sur la route de Moulins, \u00e0 moins de 200 m\u00e8tres de l\u2019\u00e9glise, c\u2019est \u00e0 dire presque encore dans le bourg. La ferme \u00e9tait constitu\u00e9e d\u2019une longue maison basse d\u2019habitation typique du Bourbonnais tandis que la<span style=\"mso-tab-count: 1;\">\u00a0<\/span>grange et les autres b\u00e2timents d\u2019exploitation se trouvaient situ\u00e9s \u00e0 l\u2019arri\u00e8re, donnant sur les pr\u00e9s et les champs. Pr\u00e8s de la ferme, il y avait un terrain communal que nous appelions \u00ab\u00a0les Aubrelles\u00a0\u00bb, o\u00f9 nous allions de temps en temps faire pa\u00eetre nos vaches, \u00e0 la belle saison. On m\u2019a dit que le nom d\u2019Aubrelles venait d\u2019ombrelles, car autrefois, ce pr\u00e9 \u00e9tait plant\u00e9 d\u2019arbres, des fr\u00eanes ou de tilleuls, sous lesquels on pouvait se mettre \u00e0 l\u2019ombre. Les Aubrelles accueillaient \u00e0 certaines saisons des artisans itin\u00e9rants\u00a0: deux ou trois roulottes tir\u00e9es par de maigres chevaux stationnaient l\u00e0 pour quelques jours. Ces romanichels, car c\u2019est ainsi qu\u2019on les appelait, r\u00e9tamaient les ustensiles m\u00e9talliques ou tressaient des paniers ou des corbeilles en osier. Les femmes vendaient aussi de la dentelle, du fil et des aiguilles depuis la disparition des colporteurs. Elles allaient de maison en maison o\u00f9 elles prenaient le temps de rep\u00e9rer ce qu\u2019il y avait \u00e0 chiper dans les cours ou les poulaillers. Les enfants venaient \u00e0 l\u2019\u00e9cole et c\u2019\u00e9tait toujours pour nous une \u00e9tranget\u00e9 que de c\u00f4toyer ces petits romanichels de notre \u00e2ge. Nos parents nous demandaient de ne pas trop jouer avec eux sous pr\u00e9texte qu\u2019ils avaient des poux, tout en sachant tr\u00e8s bien qu\u2019ils n\u2019\u00e9taient pas les seuls \u00e0 nous faire cadeaux de leurs parasites. Le soir, apr\u00e8s l\u2019\u00e9cole, nous allions leur rendre visite dans les Aubrelles, pouss\u00e9s par la curiosit\u00e9. Les hommes nous montraient leur travail, l\u2019\u00e9tamage des bassines des casseroles, des couverts en fer blanc, ainsi que le travail de l\u2019osier, et les enfants nous faisaient visiter leur roulotte. Ce qui nous avait particuli\u00e8rement frapp\u00e9s dans cette maison exigu\u00eb sur roues, c\u2019\u00e9tait le lit des enfants, un tiroir qu\u2019il fallait ouvrir chaque soir. Ce fait constituait la plus grande menace de notre grand-m\u00e8re Marie\u00a0: &#8211; \u00ab\u00a0Si tu n\u2019es pas sage, je vais te donner aux romanichels et tu dormiras dans le tiroir\u00a0!\u00a0\u00bb Ou bien, au cours d\u2019un repas, quand un plat n\u2019\u00e9tait pas \u00e0 notre go\u00fbt\u00a0: \u2013 \u00ab Quand tu seras avec les romanichels, tous les jours tu mangeras du h\u00e9risson\u00a0!\u00a0\u00bb Les romanichels \u00e9taient r\u00e9put\u00e9s pour ne manger que du h\u00e9risson. Un des enfants nous avait expliqu\u00e9 comment ils les chassaient avec un chien sp\u00e9cialement dress\u00e9 et comment une fois d\u00e9couvert, le h\u00e9risson se mettait en boule, il le faisait s\u2019ouvrir pour le tuer en pissant dessus comme ils avaient vu faire par le renard. Le mode de cuisson du h\u00e9risson doit remonter \u00e0 la nuit des temps\u00a0: une fois tu\u00e9, l\u2019animal encore recouvert de ses piquants est envelopp\u00e9 dans une couche d\u2019argile\u00a0et mis \u00e0 cuire dans les braises du feu qui br\u00fble toute la journ\u00e9e pr\u00e8s de la roulotte. Quand on juge qu\u2019il est cuit, l\u2019argile aussi. Il reste \u00e0 casser l\u2019enveloppe de terre cuite qui entra\u00eene les piquants et la peau pour laisser appara\u00eetre la chair cuite \u00e0 l\u2019\u00e9touff\u00e9e, \u00e0 point. Aux dires des romanichels, il n\u2019y a pas meilleur que le h\u00e9risson cuit \u00e0 leur fa\u00e7on.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt; mso-bidi-font-size: 10.0pt;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Garamond;\"><span style=\"mso-tab-count: 1;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/span>Je me souviens aussi qu\u2019un de ces enfants venait, le soir, \u00e0 la maison, assister \u00e0 la traite des vaches. <\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt 18pt; text-indent: -18pt; text-align: justify; mso-list: l0 level1 lfo1; tab-stops: list 18.0pt;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: 14pt; font-family: &quot;Times New Roman&quot;,&quot;serif&quot;; mso-bidi-font-size: 10.0pt;\"><span style=\"mso-list: Ignore;\">&#8211;<span style=\"font: 7pt &quot;Times New Roman&quot;;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/span><\/span><\/span><span style=\"font-size: 14pt; mso-bidi-font-size: 10.0pt;\"><span style=\"font-family: Garamond;\">\u00ab Est-ce que je peux avoir un peu de lait Madame, s\u2019il te pla\u00eet\u00a0?\u00a0\u00bb\u00a0 demandait-il \u00e0 maman. \u00ab\u00a0Juste un peu de mousse\u00a0!\u00a0\u00bb (il pronon\u00e7ait mouche). <\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-indent: 18pt; text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt; mso-bidi-font-size: 10.0pt;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Garamond;\">Et maman lui donnait un bol de ce lait tout moussu encore ti\u00e8de, \u00e0 la sortie du pis des vaches. Et il revenait chaque soir \u00e0 l\u2019heure de la traite r\u00e9clamer un peu de \u00ab\u00a0mouche\u00a0\u00bb. On a fini par le nommer Moumousse. Plusieurs ann\u00e9es de suite Moumousse et toute sa famille sont revenus aux Aubrelles. Les romanichels \u00e9taient des familiers. Ils allaient r\u00e9guli\u00e8rement d\u2019un village \u00e0 un autre, posant leur roulotte sur des aires o\u00f9 ils \u00e9taient tol\u00e9r\u00e9s par la municipalit\u00e9 et contr\u00f4l\u00e9s par les gendarmes de Jaligny qui passaient de temps en temps. Les enfants allaient quelques jours \u00e0 l\u2019\u00e9cole pour la signature par l\u2019instituteur de la feuille des allocations familiales. Bien s\u00fbr, nous savions bien que leur menu n\u2019\u00e9tait pas compos\u00e9 uniquement de h\u00e9rissons\u00a0: nos poulaillers participaient \u00e0 la vari\u00e9t\u00e9 des menus ainsi que nos champs de pommes de terre, nos arbres fruitiers et nos jardins. <\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-indent: 18pt; text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt; mso-bidi-font-size: 10.0pt;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Garamond;\">Les Aubrelles nous servaient aussi de terrain de jeu lorsque nous y passions l\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 faire pa\u00eetre les vaches. Elles se gardaient bien toutes seules tout occup\u00e9es \u00e0 brouter l\u2019herbe sauvage des communaux. Et nous pendant ce temps, nous allumions un feu pour faire cuire pommes, ch\u00e2taignes ou pommes de terre selon la saison. On jouait \u00e0 cache-cache ou \u00e0 traire les vaches dans une bo\u00eete de conserve ou \u00e0 faire du v\u00e9lo sur le dos de la Caroline, cette vache tr\u00e8s flegmatique qui avait des cornes en forme de guidon de v\u00e9lo de course. Et on peut bien l\u2019imaginer, \u00e0 toute sorte de jeux plus ou moins avouable en confession.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-indent: 18pt; text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt; mso-bidi-font-size: 10.0pt;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Garamond;\">La ferme de la Croix \u00e9tait donc juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des Aubrelles. Les fermiers, les<span style=\"mso-spacerun: yes;\">\u00a0 <\/span>Minet, faisaient un peu partie de notre famille \u00e9loign\u00e9e. La grand-m\u00e8re Minet \u00e9tait n\u00e9e Ch\u00e9rasse. Ne me demandez pas de quelle branche, c\u2019est trop compliqu\u00e9\u00a0! Famille un peu lointaine, mais de notre famille tout de m\u00eame, comme \u00e0 la campagne. Rolande, ma s\u0153ur, avait pour marraine Georgette, la fille de la maison. Je ne me souviens pas du mariage de Georgette qui eut lieu sans doute en 1947. Je poss\u00e8de des photos de ce mariage. Le cort\u00e8ge, apr\u00e8s le oui r\u00e9publicain \u00e0 la mairie, se dirige vers l\u2019\u00e9glise et passe devant la boulangerie familiale. La mari\u00e9e, tout de blanc v\u00eatue est au bras de son p\u00e8re, et j\u2019aper\u00e7ois les enfants juste derri\u00e8re la mari\u00e9e. Papa a pris la photo avec le Kodak depuis notre maison. Sur une autre photo, mon p\u00e8re a immortalis\u00e9 avec une certaine fiert\u00e9 ses cinq rejetons. Nous sommes en belle tenue de mariage align\u00e9s dans la cour, par ordre de taille comme souvent sur nos photos de famille, bien au soleil. Avec Michel, nous portons chemises blanches, pantalon gris clair d\u2019hommes comme on disait, veste assortie et chaussures noires. Mes s\u0153urs Rolande et Ren\u00e9e, exhibent avec un large sourire des tenues enti\u00e8rement blanches\u00a0: petites robes, chaussettes,<span style=\"mso-spacerun: yes;\">\u00a0 <\/span>chaussures et \u2026 gros n\u0153ud de ruban dans les cheveux. Quand \u00e0 Claude, le Kiki de la port\u00e9e, il a deux ans, est encore en barbotteuse tricot\u00e9e et nous montre ses maigres gambettes. Ses parrain et marraine, Rolande et moi, nous le tenons fermement car il est encore petit, ou bien, d\u00e9j\u00e0, il fait l\u2019andouille devant notre papa photographe. Enfin, une troisi\u00e8me photo surprend le cort\u00e8ge \u00e0 la sortie de l\u2019\u00e9glise\u00a0: le jeune mari\u00e9, un grand gars costaud dans son beau costume sombre donne le bras \u00e0 son \u00e9pouse et ne sait pas bien que faire de ses grandes mains de paysan. La marmaille endimanch\u00e9e est derri\u00e8re, les filles d\u2019honneur en longues robes claires de mousseline au bras de leur cavalier et pour clore la marche, la famille en habits du dimanche o\u00f9 domine le noir.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-indent: 18pt; text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt; mso-bidi-font-size: 10.0pt;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Garamond;\">Je n\u2019ai gard\u00e9 aucun souvenir de ce jour de mariage, ni de la c\u00e9r\u00e9monie, ni du repas, ni de la f\u00eate et des danses. Peut-\u00eatre qu\u2019\u00e0 cause de notre jeune \u00e2ge n\u2019avons nous assist\u00e9 qu\u2019\u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie\u00a0et au cort\u00e8ge\u00a0?<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-indent: 18pt; text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt; mso-bidi-font-size: 10.0pt;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Garamond;\">La ferme de la Croix appartenait comme une douzaine d\u2019autres \u00e0 Thionne \u00e0 Monsieur Edmond Clayeux qui habitait le ch\u00e2teau des Gouttes \u00e0 4 kilom\u00e8tres environ du bourg. La ferme devait son nom \u00e0 une tr\u00e8s ancienne croix plant\u00e9e l\u00e0, au carrefour des routes de Moulins et de Vaumas, devant la ferme. Dans les ann\u00e9es qui suivirent la guerre, des missions de rechristianisation eurent lieu dans nos campagnes. Pendant la guerre, l\u2019affrontement des collaborateurs et des r\u00e9sistants, les histoires peu claires de passage de la ligne de d\u00e9marcation, les d\u00e9nonciations anonymes, le march\u00e9 noir, la Lib\u00e9ration et le retour des prisonniers d\u2019Allemagne avaient peu \u00e0 peu \u00e9rod\u00e9 les pratiques religieuses. Les id\u00e9es communistes s\u2019ancraient aussi dans le milieu agricole\u00a0: chez les ouvriers agricoles exploit\u00e9s ou locatiers mais aussi parmi les m\u00e9tayers et les fermiers, et m\u00eame paradoxalement chez les petits propri\u00e9taires. Des id\u00e9es sociales donc socialistes ou pires encore communistes avaient cours et les hommes d\u00e9sertaient l\u2019\u00e9glise o\u00f9 l\u2019on ne rencontrait plus que quelques vieilles bigotes tout de noir v\u00eatues ou les enfants pr\u00e9parant leur communion solennelle. Deux moines en robe de bure, ceinture de corde et sandalettes d\u00e9barqu\u00e8rent \u00e0 Thionne pendant plusieurs semaines. Puis pour couronner cette croisade en apoth\u00e9ose une grande c\u00e9r\u00e9monie eut lieu pour l\u2019inauguration d\u2019une nouvelle croix. Grand messe chant\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9glise en pr\u00e9sence de Monseigneur l\u2019\u00e9v\u00eaque de Moulins et du Bourbonnais, les pr\u00eatres des paroisses environnantes, suivie d\u2019une procession avec en t\u00eate les enfants de ch\u0153ur en robes rouges et surplis blancs \u00e0 dentelles, les banni\u00e8res d\u00e9cor\u00e9es au vent, la grande croix en bois de ch\u00eane avec son Christ crucifi\u00e9 en m\u00e9tal port\u00e9e \u00e0 dos d\u2019homme, \u00e9rig\u00e9e puis b\u00e9nie sur place. On peut encore l\u2019y voir aujourd\u2019hui, presque cinquante ans apr\u00e8s. La fr\u00e9quentation de l\u2019\u00e9glise en a t elle \u00e9t\u00e9 chang\u00e9e\u00a0? Je ne sais.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt 18pt; text-indent: 17.4pt; text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt; mso-bidi-font-size: 10.0pt;\"><span style=\"color: #000000; font-family: Garamond;\">\u00a0<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-indent: 18pt; text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt; mso-bidi-font-size: 10.0pt;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Garamond;\">Quand j\u2019\u00e9tais tout jeune, nous allions au domaine de la Croix pour voir la batteuse. C\u2019est un souvenir tr\u00e8s ancien, et la premi\u00e8re fois, je ne devais pas avoir plus de quatre ou cinq ans. Tout ce mat\u00e9riel nous paraissait gigantesque, d\u00e9mesur\u00e9. Nous \u00e9tions surtout passionn\u00e9s par une sorte de monstre qui faisait son apparition dans nos campagnes un peu recul\u00e9es o\u00f9 la culture c\u00e9r\u00e9ali\u00e8re n\u2019est pas la premi\u00e8re production. La locomobile, c\u2019\u00e9tait son nom, retenait toute notre attention\u00a0: une sorte de char de fer, de feu, d\u2019eau, de vapeur, tout noir sur quatre roues de fer, deux \u00e9normes roues \u00e0 rayons \u00e0 l\u2019arri\u00e8re, deux plus petites \u00e0 l\u2019avant. La grande chemin\u00e9e m\u00e9tallique crachait la fum\u00e9e du foyer plac\u00e9 \u00e0 l\u2019arri\u00e8re qu\u2019un homme alimentait en rondins de bois. La vapeur s\u2019\u00e9chappait des cylindres en sifflant des jets br\u00fblants.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt; mso-bidi-font-size: 10.0pt;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Garamond;\">&#8211; \u00ab\u00a0Reculez, les gamins, c\u2019est trop dangereux\u00a0!\u00a0\u00bb<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-indent: 35.4pt; text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt; mso-bidi-font-size: 10.0pt;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Garamond;\">Nous nous asseyions \u00e0 bonne distance pour admirer ce feu qui transformait l\u2019eau en vapeur, le va et vient des pistons et des bielles \u00e9normes qui actionnaient deux grandes poulies de m\u00e9tal. Au dessus de la machine, un petit ensemble m\u00e9tallique compos\u00e9 de tiges et de deux boules d\u2019acier qu\u2019on nous a nomm\u00e9 r\u00e9gulateur tournait sans cesse \u00e0 une vitesse folle. Notre regard \u00e9tait attir\u00e9 par ce mouvement rapide et r\u00e9gulier jusqu\u2019\u00e0 nous hypnotiser. La chaleur du foyer, la fum\u00e9e noire sortant de la grande chemin\u00e9e, les sifflements r\u00e9guliers de la vapeur, le bruit m\u00e9tallique de tous les organes, la vibration des grandes courroies de cuir donnaient \u00e0 la locomobile une id\u00e9e de puissance et de danger \u00e0 la fois. Dans notre ambiance campagnarde plut\u00f4t calme, douce, lente et silencieuse des bovins charolais dans les pr\u00e9s, des attelages de chevaux allant au pas sur les chemins ou dans les champs, une telle machine d\u00e9tonait totalement. Alors c\u2019\u00e9tait \u00e7a le progr\u00e8s\u00a0? Monsieur Fauconnier, notre instituteur nous en avait parl\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole\u00a0: il s\u2019agissait bien de la fameuse machine \u00e0 vapeur invent\u00e9e par Denis Papin, \u00e0 l\u2019origine de la r\u00e9volution industrielle et du modernisme. La locomotive \u00e0 vapeur et le r\u00e9seau de chemin de fer, la force de la vapeur des machines dans les usines, la fabrication de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9. Le monstre arrivait dans nos campagnes. Comme nous le disait notre ma\u00eetre d\u2019\u00e9cole, simplement de l\u2019eau et du feu pour produire la vapeur et on avait d\u00e9cupl\u00e9 le force de l\u2019homme. Les durs travaux seraient dor\u00e9navant beaucoup plus faciles. Nous admirions la machine, mais aussi l\u2019homme qui la servait\u00a0: mettre r\u00e9guli\u00e8rement de grosses b\u00fbches dans le foyer qui les d\u00e9voraient en gr\u00e9sillant, faire le plein d\u2019eau car la locomobile en consommait beaucoup pour la transformer en vapeur et puis il faisait le tour du monstre de fer avec une burette d\u2019huile \u00e0 long bec pour graisser les axes des poulies, les bielles et les manivelles. Il renfor\u00e7ait aussi l\u2019adh\u00e9rence des grandes courroies de cuir qui transmettaient le mouvement de la locomobile \u00e0 la batteuse en appliquant un pain de r\u00e9sine sur le cuir. Locomobile\u00a0: le mot sonnait comme locomotive et y ressemblait par bien des aspects, si ce n\u2019est son immobilit\u00e9 justement sur l\u2019aire de battage. Le machiniste tirait sur la ficelle et trois longs coups de sifflet indiquaient l\u2019heure de la pause. <\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt; mso-bidi-font-size: 10.0pt;\"><span style=\"color: #000000; font-family: Garamond;\">\u00a0<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt; mso-bidi-font-size: 10.0pt;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Garamond;\"><span style=\"mso-tab-count: 1;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/span>En face de la ferme, il y avait aussi le terrain de football. Ce n\u2019\u00e9tait pas \u00e0 proprement parler un terrain de sports, puisqu\u2019on n\u2019y pratiquait que le foot. Pendant la guerre, en 1941 je crois, des soldats d\u00e9mobilis\u00e9s se retrouvant \u00e0 Thionne et des jeunes du pays ont cr\u00e9\u00e9 la premi\u00e8re \u00e9quipe de football du village. A l\u2019\u00e9poque, le premier terrain de leurs exploits sportifs se situait \u00e0 plus d\u2019un kilom\u00e8tre<span style=\"mso-spacerun: yes;\">\u00a0 <\/span>du bourg, pr\u00e8s du domaine de la Caille. Le terrain en question avait une certaine pente, un pr\u00e9 tout ce qu\u2019il y a de pr\u00e9 bourbonnais avec des taupini\u00e8res et \u00e0 chaque extr\u00e9mit\u00e9s comme il se doit des buts, les cages comme on disait \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Un terrain difficile \u00e0 remonter balle au pied dans le sens de la c\u00f4te, et qui descendait trop vite dans l\u2019autre sens. A la fin de la guerre, l\u2019Union Sportive de Thionne cr\u00e9\u00e9e, il fallut trouver un autre terrain plus ad\u00e9quat pour la pratique de ce sport. Le maire, pendant toute la p\u00e9riode troubl\u00e9e de la guerre, nomm\u00e9 sans doute par les autorit\u00e9s, c\u2019est \u00e0 dire l\u2019Etat Fran\u00e7ais du Mar\u00e9chal P\u00e9tain qui avait son si\u00e8ge tout pr\u00e8s \u00e0 Vichy, n\u2019\u00e9tait autre que le ch\u00e2tela<span style=\"mso-tab-count: 1;\">\u00a0\u00a0\u00a0 <\/span>in des Gouttes Monsieur Edmond Clayeux. Quand les dirigeants et les joueurs sont all\u00e9s voir le premier magistrat de la commune pour lui demander un nouveau terrain pour l\u2019\u00e9quipe, il leur a dit\u00a0:<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt 18pt; text-indent: -18pt; text-align: justify; mso-list: l0 level1 lfo1; tab-stops: list 18.0pt;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: 14pt; font-family: &quot;Times New Roman&quot;,&quot;serif&quot;; mso-bidi-font-size: 10.0pt;\"><span style=\"mso-list: Ignore;\">&#8211;<span style=\"font: 7pt &quot;Times New Roman&quot;;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/span><\/span><\/span><span style=\"font-size: 14pt; mso-bidi-font-size: 10.0pt;\"><span style=\"font-family: Garamond;\">\u00ab\u00a0Ecoutez, je vais vous louer gratuitement un de mes terrains du domaine de la Croix, derri\u00e8re l\u2019\u00e9cole catholique qui est maintenant ferm\u00e9e depuis des ann\u00e9es. Moi, j\u2019ai dix fermes, un hectare de plus ou de moins ne va pas changer ma vie. C\u2019est un terrain plat, pr\u00e8s du bourg. Am\u00e9nagez le pour votre football (il pronon\u00e7ait faute balle) et puis n\u2019en parlons plus\u00a0!\u00a0\u00bb<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-indent: 18pt; text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt; mso-bidi-font-size: 10.0pt;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Garamond;\">Depuis ce jour, le terrain de football de la Croix a vu d\u00e9filer des g\u00e9n\u00e9rations de jeunes footballeurs de l\u2019U.S.Thionne en petites culottes blanches et maillots verts\u00a0! Le terrain a \u00e9t\u00e9 labour\u00e9, hers\u00e9, sem\u00e9 en gazon, fauch\u00e9, tondu. On y a trac\u00e9 les lignes blanches r\u00e9glementaires. Les buts en bois et la main courante ont \u00e9t\u00e9 fabriqu\u00e9es par Tata Louis Bernard, le charron, un des joueurs du club. On y a m\u00eame ajout\u00e9 bien des ann\u00e9es plus tard un b\u00e2timent en dur pour les vestiaires et la buvette.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-indent: 18pt; text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt; mso-bidi-font-size: 10.0pt;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Garamond;\">J\u2019ai jou\u00e9 quelques fois avec l\u2019\u00e9quipe de Thionne dans les ann\u00e9es soixante, mais pas de mani\u00e8re continue \u00e0 cause de mes \u00e9tudes \u00e0 Paris ou \u00e0 Chalons-sur-Marne. Michel, lui a \u00e9t\u00e9 ailier ou demi dans cette \u00e9quipe pendant tr\u00e8s longtemps. Mon fr\u00e8re Claude a d\u00fb jouer aussi quelques ann\u00e9es. Je me souviens avoir particip\u00e9 \u00e0 plusieurs matchs comme gardien de but dans une \u00e9quipe qui a termin\u00e9 sa saison champion de l\u2019Allier de troisi\u00e8me division. <\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt; mso-bidi-font-size: 10.0pt;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Garamond;\"><span style=\"mso-tab-count: 1;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/span>En 1991, nous avons c\u00e9l\u00e9br\u00e9 le cinquantenaire de la cr\u00e9ation du club de football de Thionne. Discours des responsables du club, exposition de photos souvenir, vin d\u2019honneur, discours du maire, matchs de foot des anciens puis des jeunes et, bien s\u00fbr pour clore la journ\u00e9e, banquet \u00e0 la ferme des Flor\u00eats. Ce jour l\u00e0, on a pu entendre des anecdotes de bien des g\u00e9n\u00e9rations de footballeurs de ce petit village\u00a0: \u00ab\u00a0Est-ce que tu te souviens de la racl\u00e9e qu\u2019on a pris le jour o\u00f9 on est all\u00e9 jouer \u00e0 \u2026\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait la grande \u00e9poque de la d\u00e9fense de fer\u2026\u00a0\u00bb disait un autre.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt; mso-bidi-font-size: 10.0pt;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Garamond;\"><span style=\"mso-tab-count: 1;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/span>J\u2019ai revu mon instituteur, Monsieur Georges Fauconnier, gardien de but de l\u2019\u00e9quipe des ann\u00e9es cinquante. Et son successeur au m\u00eame poste Roger Blettery, le mar\u00e9chal-ferrant, un g\u00e9ant, \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 incontest\u00e9e dans sa zone\u00a0!<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt; mso-bidi-font-size: 10.0pt;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Garamond;\"><span style=\"mso-tab-count: 1;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/span>Pour un si petit village, le football a constitu\u00e9 un p\u00f4le de rassemblement le dimanche apr\u00e8s midi lorsque l\u2019\u00e9quipe recevait son adversaire du jour au stade de la Croix sous le regard de beaucoup d\u2019habitants de la commune qui s\u2019y rendait en promenade. On y buvait un rouge limonade ou une bi\u00e8re \u00e0 la buvette. On y \u00e9changeait les nouvelles du pays. L\u2019\u00e9cole, l\u2019\u00e9glise, la soci\u00e9t\u00e9 de chasse, l\u2019\u00e9quipe de foot\u00a0: des r\u00f4les diff\u00e9rents mais compl\u00e9mentaires dans la vie sociale de cette petite commune rurale du Bourbonnais.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt 18pt; text-align: justify;\"><span style=\"font-size: 14pt; mso-bidi-font-size: 10.0pt;\"><span style=\"color: #000000; font-family: Garamond;\">\u00a0<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small; color: #000000; font-family: Garamond;\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"font-size: small; color: #000000; font-family: Garamond;\">\u00a0<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La Croix. \u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 La ferme de la Croix \u00e9tait situ\u00e9e \u00e0 la sortie ouest du village de Thionne sur la route de Moulins, \u00e0 moins de 200 m\u00e8tres de l\u2019\u00e9glise, c\u2019est \u00e0 dire presque encore dans le bourg. La ferme \u00e9tait constitu\u00e9e d\u2019une longue maison basse d\u2019habitation typique du Bourbonnais tandis que la\u00a0grange et &#8230; <a title=\"La croix\" class=\"read-more\" href=\"https:\/\/cherasse.com\/index.php\/2012\/02\/04\/la-croix\/\" aria-label=\"En savoir plus sur La croix\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-54","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-histoire"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/cherasse.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/54","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/cherasse.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/cherasse.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cherasse.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cherasse.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=54"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/cherasse.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/54\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":66,"href":"https:\/\/cherasse.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/54\/revisions\/66"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/cherasse.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=54"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/cherasse.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=54"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/cherasse.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=54"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}