{"id":53,"date":"2012-02-03T08:21:30","date_gmt":"2012-02-03T08:21:30","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cherasse.com\/?p=15"},"modified":"2025-10-13T10:12:39","modified_gmt":"2025-10-13T08:12:39","slug":"la-liberation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cherasse.com\/index.php\/2012\/02\/03\/la-liberation\/","title":{"rendered":"La lib\u00e9ration"},"content":{"rendered":"<p class=\"MsoBodyText\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Garamond;\"><strong style=\"mso-bidi-font-weight: normal;\">La Lib\u00e9ration.<\/strong><strong style=\"mso-bidi-font-weight: normal;\"><\/strong><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoBodyText\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"font-size: small; color: #000000; font-family: Garamond;\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoBodyText\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Garamond;\"><span style=\"mso-tab-count: 1;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/span>Au printemps de 1945, j\u2019avais 5 ans et demi, j\u2019entendais et je comprenais d\u00e9j\u00e0 bien des choses. A propos de la guerre, bien s\u00fbr, mais elle \u00e9tait loin\u00a0: je ne la voyais pas ou si peu. J\u2019\u00e9coutais les adultes raconter ce qui se passait dans les bois de Jaligny, les r\u00e9sistants qui faisaient le coup de feu contre les sentinelles allemandes isol\u00e9es, qui tuaient ou blessaient un soldat d\u2019occupation montant la garde \u00e0 l\u2019or\u00e9e du bois au risque de provoquer des raids de vengeance comme aux Brunets ou \u00e0 Marseigne. J\u2019ai aussi entendu parler des \u00ab\u00a0tours jou\u00e9s\u00a0\u00bb aux troupes d\u2019occupation qui r\u00e9quisitionnaient le bois, le b\u00e9tail ou le bl\u00e9, l\u2019alimentation en g\u00e9n\u00e9ral, en leur faisant payer deux fois les marchandises livr\u00e9es. <\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoBodyText\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Garamond;\"><span style=\"mso-tab-count: 1;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/span>Et \u00e0 la fin du printemps un nouveau mot apparut\u00a0: les Am\u00e9ricains. \u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce que c\u2019est encore que \u00e7\u00e0\u00a0?\u00a0\u00bb Des pas fran\u00e7ais disait la grand-m\u00e8re Marie. Ils avaient d\u00e9barqu\u00e9 en Normandie, l\u00e0-bas, tout l\u00e0-haut pr\u00e8s du Mont Saint Michel. Sainte Vierge\u00a0! Qu\u2019est-ce qu\u2019ils viennent faire chez nous\u00a0? Ce sont les lib\u00e9rateurs\u00a0! Ah bon\u00a0! <\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-indent: 35.4pt; text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small; color: #000000; font-family: Garamond;\">Si j\u2019ai des souvenirs des soldats allemands \u00e0 Thionne, c\u2019est \u00e0 une m\u00e9moire visuelle que je fais appel. Le d\u00e9barquement am\u00e9ricain de juin 1944 n\u2019a laiss\u00e9 aucune trace.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoBodyText\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Garamond;\"><span style=\"mso-tab-count: 1;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/span>Y avait-il un poste r\u00e9cepteur de radio \u00e0 la maison\u00a0? Je ne sais pas. Je me souviens d\u2019un gros poste de radio dans la cuisine tr\u00e8s haut sur une \u00e9tag\u00e8re, un gros poste en bois, mais dans les ann\u00e9es 50 seulement. Toute la famille \u00e9coutait les informations, Zappy Max, Sur le banc avec La Hurlette, des feuilletons rigolos et surtout des chansons de l\u2019\u00e9poque au grand plaisir de mes s\u0153urs, et de maman aussi qui aimait beaucoup Tino Rossi\u00a0!<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoBodyText\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Garamond;\"><span style=\"mso-tab-count: 1;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/span>Les soldats allemands auxquels nous nous \u00e9tions petit \u00e0 petit habitu\u00e9s depuis quatre ans faisaient des pr\u00e9paratifs de d\u00e9part. Ils rangeaient leur mat\u00e9riel, un peu, entassaient des provisions de bouche, beaucoup. Et \u00e0 la mi-juin, des dizaines de personnes r\u00e9unies au caf\u00e9 parlaient de ce qui s\u2019\u00e9tait pass\u00e9 dans le Limousin, \u00e0 Oradour-sur-Glane. Des soldats allemands remontant du Sud-ouest vers la Normandie avaient tu\u00e9 tous les habitants d\u2019un village, la plupart br\u00fbl\u00e9s vifs dans l\u2019\u00e9glise, femmes et enfants. A Tulle aussi, ils avaient pendu des hommes aux balcons des maisons avec des crochets de boucher. Quelle horreur\u00a0! Ils massacraient tout ce qu\u2019ils trouvaient sur leur passage. Que faire\u00a0? Allaient-ils passer par Thionne\u00a0? Fallait-il fuir\u00a0? Se cacher\u00a0? Mais o\u00f9\u00a0? Dans les bois, disaient certains\u2026Tout cela \u00e9tait-il vrai\u00a0? Et on racontait, on racontait, ce qui \u00e9tait vrai, ce qui ne l\u2019\u00e9tait pas\u2026<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-indent: 35.4pt; text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small; color: #000000; font-family: Garamond;\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-indent: 35.4pt; text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small; color: #000000; font-family: Garamond;\">Ce qui m\u2019avait le plus frapp\u00e9 et qui a laiss\u00e9 une trace dans ma m\u00e9moire a d\u00fb se passer dans la r\u00e9gion de Moulins. Il faudrait en v\u00e9rifier l\u2019authenticit\u00e9. S\u2019agissait-il en cette fin de guerre d\u2019une rumeur illustrant la cruaut\u00e9, la sauvagerie de ces soldats \u00e9puis\u00e9s, qui, se sentant pris au pi\u00e8ge d\u2019une guerre qu\u2019ils estimaient perdue, abandonn\u00e9s par leurs chefs, pouss\u00e9s au sud par les alli\u00e9s d\u00e9barqu\u00e9s en Provence, coinc\u00e9s au nord depuis juin, et harcel\u00e9s par des maquisards invisibles de plus en plus nombreux et hardis depuis le printemps 44. J\u2019ai donc entendu raconter cette histoire.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Garamond;\"><span style=\"mso-tab-count: 1;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/span>Dans une ferme, en 44, sans doute en ao\u00fbt, c\u2019est la batteuse. A cette \u00e9poque, les c\u00e9r\u00e9ales, qu\u2019il s\u2019agisse de bl\u00e9, d\u2019avoine, d\u2019orge ou de seigle \u00e9taient moissonn\u00e9es en juillet avec une moissonneuse-lieuse tir\u00e9e par trois chevaux. On laissait s\u00e9cher les gerbes dans les champs en \u00ab\u00a0treziot\u00a0\u00bb c\u2019est \u00e0 dire en un assemblage de treize gerbes, trois rang\u00e9es de quatre en croix sur le sol et la treizi\u00e8me inclin\u00e9e dessus, les \u00e9pis en bas, tourn\u00e9e vers l\u2019ouest, direction des pluies. Apr\u00e8s la moisson, le grain m\u00fbrit, s\u00e8che, se fait. Les gerbes achemin\u00e9es ensuite \u00e0 la ferme, sur une aire sp\u00e9ciale \u00e9taient entass\u00e9es en gerbiers par esp\u00e8ce\u00a0: le gerbier de bl\u00e9, celui d\u2019orge, celui d\u2019avoine. Tout ce travail se faisait dans chaque ferme avec les ouvriers agricoles et les membres de la famille sous la direction du paysan chef de famille donc d\u2019entreprise. Mais il en allait tout autrement pour la batteuse. Il existait des entreprises de battage comme celle des Tournu, allant de ferme en ferme en ao\u00fbt. La batteuse demandait la collaboration de vingt \u00e0 vingt cinq hommes pour son bon fonctionnement. On \u00e9changeait donc des journ\u00e9es de travail d\u2019une ferme \u00e0 une autre.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Garamond;\"><span style=\"mso-tab-count: 1;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/span>Je reviens \u00e0 mon histoire, enfin celle que j\u2019ai entendu raconter. Par une belle journ\u00e9e, la table de la batteuse est mise sous les arbres, \u00e0 l\u2019ombre. Une longue table de batteuse sur ses tr\u00e9teaux, recouverte de nappes blanches car aujourd\u2019hui c\u2019est la f\u00eate de la fin de la batteuse dans cette ferme. Et c\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 justement que passe une colonne de soldats allemands remontant du sud par le massif central vers Paris ou vers l\u2019est, l\u2019Allemagne peut-\u00eatre. Croyant que les paysans fran\u00e7ais avaient dress\u00e9s une table pour accueillir les soldats alli\u00e9s, les am\u00e9ricains, les soldats allemands se sont mis avec rage \u00e0 tirer sur tous ces gens sans d\u00e9fense qui ne comprenaient pas ce qui se passait. Peu ont pu \u00e9chapper \u00e0 cette folie meurtri\u00e8re en se cachant dans les b\u00e2timents de la ferme, sur l\u2019aire de battage ou en fuyant dans les champs et les bois proches. <\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small; color: #000000; font-family: Garamond;\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-indent: 35.4pt; text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small; color: #000000; font-family: Garamond;\">Nous avions tr\u00e8s peur en \u00e9coutant ces r\u00e9cits de guerre. Etait-ce vrai\u00a0? Etait-ce une rumeur\u00a0? L\u2019amalgame entre plusieurs faits ayant eu lieu ici ou l\u00e0\u00a0? Ces on-dit colport\u00e9s de bouche \u00e0 oreille, d\u00e9form\u00e9s, enfl\u00e9s, et qui petit \u00e0 petit deviennent des v\u00e9rit\u00e9s. Je ne dormais plus, la nuit, dans l\u2019obscurit\u00e9 de notre chambre. Nous n\u2019osions plus sortir le soir pour aller \u00e0 la cave ou \u00e0 l\u2019\u00e9table.<span style=\"mso-spacerun: yes;\">\u00a0 <\/span>De nuit, revenir de la bergerie situ\u00e9e \u00e0 150 m\u00e8tres de la maison nous effrayait au plus haut point.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoBodyText\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"font-size: small; color: #000000; font-family: Garamond;\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Garamond;\"><span style=\"mso-tab-count: 1;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/span>Et puis un jour on l\u2019apprit\u00a0: il n\u2019y avait plus personne \u00e0 la Pierre qui danse. Il n\u2019y avait plus de sentinelle, plus de camions, on ne voyait ni voitures, ni soldats. Ils \u00e9taient partis, enfin partis, mais personne n\u2019osait aller v\u00e9rifier, m\u00eame les plus courageux. C\u2019\u00e9tait sans doute vrai puisque l\u2019on vit arriver les premi\u00e8res tractions noires Citro\u00ebn avec les croix de Lorraine et les sigles FFI ou FTP peints en blanc sur les porti\u00e8res. En jaillissaient des grappes de jeunes hommes, des sortes de soldats fran\u00e7ais. Ils \u00e9taient maigres, ils \u00e9taient jeunes, habill\u00e9s de bric et de broc, pas de vrais soldats et pourtant ils avaient des armes, presque chacun une\u00a0: pistolet, fusil de chasse, mitraillette anglaise Sten. O\u00f9 \u00e9taient-ils donc cach\u00e9s\u00a0? Dans les bois bien s\u00fbr, et ils \u00e9taient nombreux dans notre r\u00e9gion, mais jusque l\u00e0 invisibles. Je me souviens des tractions avant Citro\u00ebn des F.F.I \u00e0 Thionne, avec les drapeaux bleu, blanc, rouge fix\u00e9s sur les ailes noires de la voiture ou brandis par une vitre baiss\u00e9e. Nous avions \u00e9t\u00e9 priv\u00e9s de l\u2019embl\u00e8me national pendant presque cinq ann\u00e9es. Toutes les c\u00e9r\u00e9monies de la lib\u00e9ration les ont vus fleurir \u00e0 nouveau\u00a0: de vieux drapeaux aux couleurs pisseuses ressortis des caches c\u00f4toyant des petits nouveaux aux teintes disparates car confectionn\u00e9s avec ce que l\u2019on pouvait trouver de tissu bleu, blanc ou rouge. Le drapeau fix\u00e9 au-dessus de la porte de la mairie, dans la cour de r\u00e9cr\u00e9ation de l\u2019\u00e9cole, \u00e9tait sans conteste le plus impressionnant avec sa hampe de bois bleue surmont\u00e9e d\u2019une pointe de lance en cuivre. Tout le monde \u00e9tait patriote. Il y avait bien quelques banni\u00e8res \u00e9tranges avec des \u00e9toiles, des rayures, des croix bleues et rouges, une faucille et un marteau sur fond rouge, mais ce qui envahissait notre paysage \u00e9tait tricolore, trois simples bandes bleu, blanc, rouge. Le maire, le ch\u00e2telain, les commer\u00e7ants, les artisans, les paysans, m\u00eame le cur\u00e9, tout le monde portait son drapeau, m\u00eame nous les enfants des \u00e9coles nous en avions chacun un petit.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small; color: #000000; font-family: Garamond;\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-indent: 35.4pt; text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small; color: #000000; font-family: Garamond;\">Et je me souviens que l\u2019on faisait la f\u00eate sans arr\u00eat.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Garamond;\"><span style=\"mso-tab-count: 1;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/span>La plus importante manifestation qui eut lieu \u00e0 Thionne pour f\u00eater le retour des prisonniers militaires lib\u00e9r\u00e9s des camps s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e \u00e0 la fin du printemps ou durant l\u2019\u00e9t\u00e9 45. Je revois des hommes en chemises claires sur la plate-forme d\u2019un camion d\u00e9cor\u00e9 de drapeaux, de feuillage et de fleurs, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 par l\u2019harmonie municipale de Jaligny jouant des musiques militaires, et suivi par la population endimanch\u00e9e du village, un petit drapeau fran\u00e7ais \u00e0 la main. Les enfants des \u00e9coles \u00e9taient l\u00e0, bien rang\u00e9s et encadr\u00e9s par leurs instituteurs. Il y avait aussi les anciens combattants, ceux de la \u00ab\u00a0der des der\u00a0\u00bb, la grande guerre, l\u2019autre, celle de 14 avec leur drapeau port\u00e9 par un ancien de Verdun, notre garde &#8211; champ\u00eatre tout boitant et dont l\u2019oreille avait \u00e9t\u00e9 emport\u00e9e par un balle allemande dans les tranch\u00e9es. Le conseil municipal au grand complet, Monsieur le maire ceint de l\u2019\u00e9charpe tricolore, le cur\u00e9 Jonon soutane noire et surplis blanc. Rassemblement sur la place, puis devant le monument aux morts au milieu du cimeti\u00e8re. Lecture des noms grav\u00e9s dans la pierre par un grand de la classe du certificat, de ceux, nombreux pour un si petit village, morts pour la France entre 1914 et 1918. Minute de silence. Direction la mairie pour des discours qui nous paraissaient \u00e0 nous les enfants si longs et incompr\u00e9hensibles. Et enfin le vin d\u2019honneur, la limonade pour nous. La joie manifest\u00e9e aussi, joie g\u00e9n\u00e9rale, sans retenue. Appr\u00e9hension des copains de mon \u00e2ge qui voyaient leur p\u00e8re pour la premi\u00e8re fois. Les soldats fran\u00e7ais prisonniers en Allemagne revenaient dans leur famille et d\u00e9couvraient leur gar\u00e7on ou leur fille de 5 ans n\u00e9s en 39 ou 40 qu\u2019ils ne connaissaient pas, un homme qu\u2019il fallait appeler \u00ab\u00a0papa\u00a0\u00bb. Et puis il y avait les familles, les \u00e9pouses, les m\u00e8res qui n\u2019attendaient plus parce qu\u2019elles avaient appris la mort de l\u2019\u00eatre cher quelque part l\u00e0-bas \u00e0 l\u2019est. Ou encore plus cruelle, l\u2019incertitude. Sans nouvelle depuis des mois, des ann\u00e9es. L\u2019attente. <\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoBodyText\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"font-size: small; color: #000000; font-family: Garamond;\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoBodyText\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Garamond;\"><span style=\"mso-tab-count: 1;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/span>Les restes du camp allemand des bois de la Pierre qui danse avaient toujours et pendant longtemps fait l\u2019objet de curiosit\u00e9 et de peur m\u00eal\u00e9es. En passant tout pr\u00e8s on murmurait\u00a0: c\u2019\u00e9tait le camp des Allemands. D\u2019autres plus hardis ou plus cupides s\u2019y aventuraient pour r\u00e9cup\u00e9rer ce qui avait \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9\u00a0: armes peut-\u00eatre, munitions car on disait que des sortes de casemates enterr\u00e9es dans la for\u00eat servaient \u00e0 entreposer des cartouches et des obus. Pendant de nombreuses ann\u00e9es on a dit que l\u2019en retrouvait encore des choses, sans plus de pr\u00e9cision\u2026<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoBodyText\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"font-size: small; color: #000000; font-family: Garamond;\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoBodyText\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Garamond;\"><span style=\"mso-tab-count: 1;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/span>Un autre souvenir. Une nuit, il me semble que j\u2019\u00e9tais tr\u00e8s petit, j\u2019\u00e9tais r\u00e9veill\u00e9, je suis descendu dans la salle \u00e0 manger parce qu\u2019il y avait du bruit, des voix, de la lumi\u00e8re. J\u2019ai vu mon p\u00e8re habill\u00e9 d\u2019un long manteau, un passe montagne tricot\u00e9 main sur la t\u00eate. C\u2019\u00e9tait donc en hiver. Il portait d\u00e9j\u00e0 sur chaque flanc une musette kaki comme celle des militaires, deux musettes pleines. De quoi\u00a0? Maman \u00e9tait l\u00e0 aussi, ainsi que mon grand-p\u00e8re Jean et ma grand-m\u00e8re Marie et aussi d\u2019autres hommes que je ne connaissais pas. Tout ce monde \u00e9tait grave. Papa a dit au revoir<span style=\"mso-spacerun: yes;\">\u00a0 <\/span>apr\u00e8s que tous aient bu un petit verre de rhum. O\u00f9 allait-il\u00a0? Je ne le lui ai jamais demand\u00e9 plus tard quand j\u2019ai \u00e9t\u00e9 plus grand, et lui ne me l\u2019a jamais dit.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoBodyText\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"font-size: small; color: #000000; font-family: Garamond;\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-indent: 35.4pt; text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small; color: #000000; font-family: Garamond;\">Il y avait aussi les r\u00e9cits de papa. Henri Marius CHERASSE a \u00e9t\u00e9 soldat. Il a effectu\u00e9 son service militaire \u00e0 Metz en Lorraine au 402 \u00e8me R\u00e9giment de DCA (D\u00e9fense Contre Avions). Boulanger de profession, il a \u00e9t\u00e9 cuisinier pendant son service militaire et d\u2019apr\u00e8s les photos que je poss\u00e8de il a d\u00fb bien rigoler avec ses copains et ne pas mourir de faim (forc\u00e9ment aux cuisines) car il appara\u00eet sur les images rond, replet, rayonnant de sant\u00e9, rigolant et souvent la bouteille \u00e0 la main. Il est vrai qu\u2019il a d\u00fb \u00eatre un joyeux luron. Fils unique, \u00e9lev\u00e9 dans un bistrot, avec quelques pr\u00e9dispositions de f\u00eatard, il ne pouvait pas \u00eatre mieux \u00e0 l\u2019arm\u00e9e que cuistot. Son excellente vue lui a permis d\u2019\u00eatre s\u00e9lectionn\u00e9 comme t\u00e9l\u00e9m\u00e9treur dans sa compagnie. A l\u2019aide d\u2019instruments d\u2019optique il devait mesurer l\u2019altitude et la vitesse des avions ennemis afin de r\u00e9gler le tir des batteries de canons anti-a\u00e9riens. Je me souviens d\u2019un r\u00e9cit entendu plusieurs fois. Le 402 \u00e8me DCA effectuait une man\u0153uvre \u00e0 tir r\u00e9el dans le camp de Biscarosse dans les Landes. L\u2019arm\u00e9e permettait aux jeunes provinciaux de d\u00e9couvrir des r\u00e9gions inconnues, de voir du pays \u00e0 cette \u00e9poque o\u00f9 l\u2019on voyageait peu, avant la g\u00e9n\u00e9ralisation des cong\u00e9s pay\u00e9s. Les exercices de tir r\u00e9els se d\u00e9roulaient sur la plage, face \u00e0 l\u2019oc\u00e9an o\u00f9 la cible \u00e9tait constitu\u00e9e par une sorte de grande manche \u00e0 air tir\u00e9e par un avion. Un g\u00e9n\u00e9ral avait eu l\u2019id\u00e9e g\u00e9niale d\u2019aller voir de l\u00e0-haut l\u2019exercice et embarque dans cet avion. Que se passa t-il alors\u00a0: erreur de pointage, impr\u00e9cision de la vis\u00e9e, machiav\u00e9lisme de l\u2019officier commandant de tir\u00a0?, je ne sais, mais c\u2019est l\u2019avion qui est touch\u00e9, l\u00e9g\u00e8rement et non la manche \u00e0 air vingt m\u00e8tres derri\u00e8re\u00a0! Et apr\u00e8s le tir, au rapport pour l\u2019ensemble des officiers afin de d\u00e9terminer les responsabilit\u00e9s. Qui comme dans toute arm\u00e9e ont d\u00fb redescendre jusqu\u2019au plus bas \u00e9chelon. En tout \u00e9tat de cause tirs tr\u00e8s efficaces de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise\u00a0! Il aimait raconter ce genre d\u2019histoires, Henri. Et bien d\u2019autres dont je ne me souviens plus.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small; color: #000000; font-family: Garamond;\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Garamond;\"><span style=\"mso-tab-count: 1;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/span>Mon p\u00e8re a \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9 du service militaire obligatoire et est revenu travailler \u00e0 la boulangerie \u00e0 Thionne. Il a \u00e9pous\u00e9 Jeanne MICHEL le 26 novembre 1938. Maman avait 23 ans et travaillait \u00e0 la boulangerie \u00e9picerie comme bonne \u00e0 tout faire, embauch\u00e9e par mes grands-parents apr\u00e8s presque dix ann\u00e9es pass\u00e9s comme apprentie cuisini\u00e8re au ch\u00e2teau de Vaumas. En septembre 39 le soldat CHERASSE est rappel\u00e9 et au moment de ma naissance, le 11 septembre, il est absent. Je ne sais o\u00f9 il passe la \u00ab\u00a0dr\u00f4le de guerre\u00a0\u00bb, sans doute en va et vient entre la caserne et la maison familiale. Au moins le temps de mettre en route mon fr\u00e8re cadet Michel qui na\u00eetra 11 mois apr\u00e8s moi le 10 ao\u00fbt 1940. Quant \u00e0 la vraie guerre de mai &#8211; juin 1940, il est aux premi\u00e8res loges sur la fronti\u00e8re belge o\u00f9 il voit passer au-dessus de sa t\u00eate des milliers d\u2019avions allemands alors que l\u2019on disait qu\u2019ils n\u2019avaient pas eu le temps d\u2019en fabriquer. Son unit\u00e9 se replie de combats en combats, \u00e0 la vitesse des avanc\u00e9es ennemies et il est bless\u00e9 \u00e0 la t\u00eate au cours d\u2019un combat par l\u2019\u00e9clat d\u2019une bombe allemande l\u00e2ch\u00e9e sur son unit\u00e9 pr\u00e8s de Rambouillet. La blessure n\u2019est semble-t il pas trop grave puisque l\u2019armistice de juin 40 arrive alors que sa compagnie, avec camions, canons de DCA et tout le mat\u00e9riel d\u2019accompagnement est d\u00e9mobilis\u00e9e \u00e0 Carcassonne. Mon p\u00e8re a eu de la chance, bien que bless\u00e9 de ne pas avoir \u00e9t\u00e9 fait prisonnier comme tant de ses camarades de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise. Je l\u2019ai entendu dire que son unit\u00e9, \u00e9quip\u00e9e de camions et d\u2019armes tr\u00e8s modernes pour l\u2019\u00e9poque avaient pour mission, outre de se battre, de ne pas se laisser capturer pour que ce mat\u00e9riel ne tombe pas aux mains de l\u2019ennemi.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small; color: #000000; font-family: Garamond;\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Garamond;\"><span style=\"mso-tab-count: 1;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/span>Henri, mon p\u00e8re, parlait de cette \u00e9poque du service militaire et de la guerre comme d\u2019une p\u00e9riode heureuse de sa jeunesse. Pour un jeune campagnard du centre de la France, il a voyag\u00e9, vu du pays, s\u2019est fait des copains, c\u00f4toy\u00e9 d\u2019autres jeunes fran\u00e7ais de toutes classes sociales et r\u00e9gions, v\u00e9cu quelques aventures m\u00e9morables. Le service militaire en ce temps-l\u00e0 marquait vraiment le passage de la jeunesse \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte. Il me semble l\u2019avoir entendu dire qu\u2019il avait h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 la fin de la guerre pour devenir militaire de carri\u00e8re\u00a0; ce qui aurait chang\u00e9 beaucoup de choses dans ma vie et celle de mes fr\u00e8res et s\u0153urs.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small; color: #000000; font-family: Garamond;\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Garamond;\"><span style=\"mso-tab-count: 1;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/span>D\u00e9mobilis\u00e9 au d\u00e9but de l\u2019\u00e9t\u00e9 40, apr\u00e8s l\u2019armistice et l\u2019arriv\u00e9e du Mar\u00e9chal P\u00e9tain \u00e0 la t\u00eate de l\u2019Etat Fran\u00e7ais, mon p\u00e8re est revenu \u00e0 Thionne. Mon village se trouvait alors en zone libre, tout pr\u00e8s de la ligne de d\u00e9marcation au nord, englob\u00e9 dans une bande tampon entre la zone nord occup\u00e9e et la zone sud. Vichy, choisi pour \u00eatre le si\u00e8ge du gouvernement ne se trouve qu\u2019\u00e0 35 km au sud. Je n\u2019avais bien s\u00fbr pas conscience de ce qui se passait si pr\u00e8s de chez nous.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-indent: 35.4pt; text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Garamond;\"><span style=\"mso-spacerun: yes;\">\u00a0<\/span>Je regrette beaucoup de n\u2019avoir pas discut\u00e9 avec mon p\u00e8re de sa jeunesse, de la p\u00e9riode de l\u2019occupation. Ce sujet ne m\u2019int\u00e9ressait pas, le pass\u00e9 \u00e9tait le pass\u00e9 et je ne voyais que le pr\u00e9sent, mon pr\u00e9sent et surtout mon avenir. Je ne sais que ce que j\u2019ai entendu raconter dans des occasions diverses. Mais depuis toutes ces ann\u00e9es je me suis souvent pos\u00e9 la question de l\u2019engagement dans une p\u00e9riode difficile dans la r\u00e9sistance \u00e0 l\u2019occupant de mon pays. Qu\u2019aurais-je fait\u00a0? Quel parti aurais-je pris\u00a0? Aurais-je \u00e9t\u00e9 assez courageux pour entreprendre la lutte comme beaucoup de jeunes hommes et de jeunes femmes \u00e0 ce moment-l\u00e0\u00a0? Aurais-je r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 la torture si elle m\u2019avait \u00e9t\u00e9 impos\u00e9e\u00a0? Ils se sont sans doute d\u00e9cid\u00e9s sans se poser toutes ces questions, sans en avoir le temps, ou petit \u00e0 petit sans s\u2019en rendre compte, ou brutalement sans y r\u00e9fl\u00e9chir. C\u2019est une question qui m\u2019obs\u00e8de et qui a longtemps hant\u00e9 mes nuits peupl\u00e9es du m\u00eame cauchemar\u00a0: je suis poursuivi par des soldats en armes que j\u2019entends derri\u00e8re moi, ils se rapprochent, se rapprochent, je vais \u00eatre pris, tortur\u00e9 peut-\u00eatre, ex\u00e9cut\u00e9 et \u2026 je me r\u00e9veille en sueur. <\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small; color: #000000; font-family: Garamond;\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Garamond;\"><span style=\"mso-tab-count: 1;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/span>On parlait beaucoup de la ligne de d\u00e9marcation que j\u2019ai franchie pour aller \u00e0 Moulins apr\u00e8s la guerre. Pass\u00e9 le bourg de Chapeau, il y avait, au milieu des bois pr\u00e8s d\u2019un ruisseau, au bord de la route, une cabane qui avait abrit\u00e9 les soldats allemands charg\u00e9s de la surveillance de cette fronti\u00e8re d\u2019armistice et qui resta en l\u2019\u00e9tat longtemps apr\u00e8s le fin de la guerre. Enfants, nous cherchions une trace blanche sur la route pour mat\u00e9rialiser cette fameuse \u00ab\u00a0ligne\u00a0\u00bb de d\u00e9marcation, une ligne comme celle qui d\u00e9limite le terrain de football ou les deux bases du jeu de barres. Nous avions cherch\u00e9 la ligne de limite entre notre d\u00e9partement et le voisin en allant en Sa\u00f4ne et Loire \u00e0 Digoin ou dans le Puy de D\u00f4me vers Clermont. Ou les fronti\u00e8res de notre pays, la France repr\u00e9sent\u00e9e sur la carte de g\u00e9ographie accroch\u00e9e au mur de la classe. Nous l\u2019avons cherch\u00e9e la fronti\u00e8re avec l\u2019Italie ou l\u2019Espagne. Qu\u2019est-ce qu\u2019une fronti\u00e8re, sinon une id\u00e9e, une convention, un accord r\u00e9ciproque\u00a0? En tout cas pas une ligne sur le sol comme nous l\u2019imaginions quand nous \u00e9tions petits.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small; color: #000000; font-family: Garamond;\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoBodyText\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Garamond;\"><span style=\"mso-tab-count: 1;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/span>J\u2019ai entendu raconter aussi que les paysans de ma r\u00e9gion \u00ab\u00a0passaient\u00a0\u00bb des hommes, des femmes, des familles enti\u00e8res quelquefois, de la zone nord occup\u00e9e vers la zone sud dite libre. A leurs risques et p\u00e9rils \u00e9videmment. Il \u00e9tait sans doute aussi question d\u2019argent pour passer tous ceux qui d\u00e9siraient fuir le nord, surtout Paris et les grandes villes pour rejoindre le sud, s\u2019embarquer \u00e0 Marseille ou un autre port de M\u00e9diterran\u00e9e moins surveill\u00e9, ou passer en Espagne en franchissant les Pyr\u00e9n\u00e9es. Cette r\u00e9gion, situ\u00e9e entre Moulins et Vichy est souvent nomm\u00e9e la Sologne bourbonnaise. Elle est caract\u00e9ris\u00e9e par un sol tr\u00e8s divers, tant\u00f4t sablonneux, tant\u00f4t argileux o\u00f9 alternent les for\u00eats, les prairies et les cultures. C\u2019est un bocage avec des haies vives, de grosses fermes isol\u00e9es pr\u00e8s d\u2019\u00e9tangs. Une suite presque ininterrompue de for\u00eats, peu peupl\u00e9e, est tr\u00e8s propice pour un passage discret. L\u2019arm\u00e9e d\u2019occupation bien prise par ailleurs sur d\u2019autres fronts autrement importants ne pouvait pas se permettre de disposer un soldat tous les cent m\u00e8tres jour et nuit. J\u2019ai entendu dire que les agriculteurs qui vaquaient \u00e0 leurs occupations quotidiennes avaient am\u00e9nag\u00e9 des tombereaux ou des charrettes avec un faux plancher pour cacher les clandestins et leurs bagages sous le fumier, le foin, la paille ou les pommes de terre. Ils passaient ainsi du nord vers le sud sans \u00e9veiller de soup\u00e7ons, d\u00e9chargeaient leur deux types de cargaisons quelques kilom\u00e8tres plus loin \u00e0 l\u2019abri des regards indiscrets. Puis ils s\u2019en revenaient pensifs et silencieux au pas r\u00e9gulier du cheval, comme si de rien n\u2019\u00e9tait. Le man\u00e8ge aurait pu durer tr\u00e8s longtemps sans\u2026 des d\u00e9nonciations. Il y a toujours eu dans nos villages des langues trop longues pour raconter, se vanter, fanfaronner, apr\u00e8s quelques chopines au bistrot et des oreilles indiscr\u00e8tes pour \u00e9couter et transmettre aux autorit\u00e9s d\u2019occupation ou \u00e0 quelque collaborateur z\u00e9l\u00e9 ce qui se passait l\u00e0-bas, dans les bois, la nuit . Un certain nombre de passeurs sont partis un jour entre deux gendarmes bien fran\u00e7ais pour la \u00ab\u00a0Mal coiff\u00e9e\u00a0\u00bb, la prison allemande de Moulins et ensuite vers d\u2019autres cieux moins cl\u00e9ments, \u00e0 l\u2019est d\u2019o\u00f9 ils ne sont jamais revenus.<span style=\"mso-spacerun: yes;\">\u00a0 <\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify; tab-stops: 1.0cm;\"><span style=\"mso-tab-count: 1;\"><span style=\"font-size: small; color: #000000; font-family: Garamond;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify; tab-stops: 1.0cm;\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Garamond;\"><span style=\"mso-tab-count: 1;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/span>Et la vie au village a repris son cours. On a encore longtemps parl\u00e9 de la guerre, \u00e0 l\u2019\u00e9picerie boulangerie Ch\u00e9rasse, \u00e0 l\u2019\u00e9cole aussi. Les copains racontaient ce que leur p\u00e8re avaient dit en rentrant de l\u00e0-bas comme ils disaient, de ce qu\u2019ils avaient vu et endur\u00e9 pendant ces longues ann\u00e9es loin des familles. Nous, les gamins, nous regardions ces hommes comme les nouveaux h\u00e9ros, ceux qui avaient souffert pour nous. C\u2019est ce que nous entendions \u00e0 chaque manifestation des anciens combattants, musique militaire, drapeaux et allocution. \u00ab\u00a0Tu vois, untel, il est revenu malade, il ne peut plus travailler, on ne sait pas s\u2019il va s\u2019en sortir.\u00a0\u00bb<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-indent: 35.4pt; text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small; color: #000000; font-family: Garamond;\">Certains prisonniers sont revenus en bonne sant\u00e9. De jeunes paysans de 20 \u00e0 40 ans en pleine force de l\u2019\u00e2ge et habitu\u00e9s aux durs travaux de la terre, aux rythmes des saisons et aux intemp\u00e9ries n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement perdus de faire \u00e0 peu pr\u00e8s la m\u00eame chose dans une ferme du Wurtemberg, de Saxe ou de Bavi\u00e8re pour remplacer de jeunes allemands partis sur le front russe ou le mur de l&rsquo;atlantique, dans les sables de Lybie ou dans les flancs d&rsquo;un sous-marin tapi au fond des mers. Ces fran\u00e7ais prisonniers et employ\u00e9s dans une ferme pour leurs comp\u00e9tences \u00e9taient mieux lotis et mieux trait\u00e9s que leurs copains travaillant dans les mines ou les usines du Reich. A la ferme, il fallait travailler, quelquefois dur, mais il y avait \u00e0 manger, peu de surveillance, et quelques femmes d\u00e9laiss\u00e9es par un mari soldat envoy\u00e9 au loin. Mais d\u2019autres sont revenus bris\u00e9s, physiquement an\u00e9antis par les privations et le manque de soins, moralement abattus par ce qu\u2019ils avaient vu et support\u00e9 pendant ces cinq longues ann\u00e9es dans des camps pour soldats ou dans des usines. <\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small; color: #000000; font-family: Garamond;\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Garamond;\"><span style=\"mso-tab-count: 1;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/span>Je me souviens de ce jeune homme que l\u2019on surnommait \u00ab\u00a0Dachau\u00a0\u00bb, j\u2019ai oubli\u00e9 son nom. On devine o\u00f9 il avait \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 pour faits de r\u00e9sistance et aussi d\u2019o\u00f9 il \u00e9tait revenu, vivant. Pour moi, enfant de six ans, j\u2019\u00e9prouvais un sentiment tr\u00e8s bizarre \u00e0 voir tout pr\u00e8s de moi ces hommes jeunes que je voyais comme des h\u00e9ros pour avoir particip\u00e9 \u00e0 une \u00e9pop\u00e9e que l\u2019on appelait LA guerre. Je n\u2019en savais que ce qui se disait autour de moi, ce que mes petites oreilles grandes ouvertes aux r\u00e9cits des adultes \u00e9coutaient et que je comprenais \u00e0 ma fa\u00e7on.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Garamond;\"><span style=\"mso-tab-count: 1;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/span>On racontait aussi l\u2019histoire de Georges DUBOIS, un ma\u00e7on du village qui s\u2019\u00e9vada en 1941, traversa une partie de l\u2019Allemagne, la Belgique et la moiti\u00e9 de la France occup\u00e9e pour revenir chez sa jeune femme et ses filles. La plus jeune, Michelle, n\u00e9e en novembre 1939 a \u00e9t\u00e9 ma conscrite de Thionne. Elle a \u00e9pous\u00e9 le romancier Ren\u00e9 FALLET, r\u00e9sidant aussi \u00e0 Thionne et que nous voyions souvent au bistrot ou au magasin familial.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify; tab-stops: 1.0cm;\"><span style=\"mso-tab-count: 1;\"><span style=\"font-size: small; color: #000000; font-family: Garamond;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify; tab-stops: 1.0cm;\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Garamond;\"><span style=\"mso-tab-count: 1;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/span>Apr\u00e8s la fin de la guerre, la vie quotidienne \u00e9tait difficile\u00a0: beaucoup de denr\u00e9es manquaient, il y avait encore des tickets de rationnement pour certains produits comme le sucre, l\u2019huile, le savon, le chocolat, et cela pendant plusieurs ann\u00e9es. Mais chez nous, m\u00eame pendant la guerre, nous n\u2019avons manqu\u00e9 de rien. Nous \u00e9tions pratiquement autosuffisants pour la nourriture. Bien qu\u2019il y ait eu des p\u00e9riodes plus difficiles, le fournil n\u2019avait jamais vraiment manqu\u00e9 de farine. Les paysans du village menaient leurs sacs de bl\u00e9 dans un des moulins voisins, \u00e0 Jaligny ou \u00e0 Vaumas et mon p\u00e8re allait chercher la farine. Le bl\u00e9 donnait tant de farine, le meunier se payait en bl\u00e9, la farine donnait tant de pain, le boulanger se payait en farine. Aucune circulation d\u2019argent, on \u00e9tait revenu au troc. Chaque domaine (c\u2019est comme \u00e7a que l\u2019on appelait une ferme) et m\u00eame chaque m\u00e9nage avait un carnet sur lequel mon p\u00e8re marquait \u00e0 chacun de ses passages la quantit\u00e9 de pain livr\u00e9\u00a0: 6 kg, <span style=\"mso-spacerun: yes;\">\u00a0<\/span>12 kg&#8230; Et \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e on faisait les comptes\u00a0: tant de bl\u00e9, tant de farine, tant de pain.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify; tab-stops: 1.0cm;\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Garamond;\"><span style=\"mso-tab-count: 1;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/span>Je revois le grand-p\u00e8re Jean hurlant devant son four au moment d\u2019enfourner le pain qu\u2019il avait p\u00e9tri avec un m\u00e9lange de farine de bl\u00e9 et de ma\u00efs\u00a0: la p\u00e2te \u00e9tait tellement molle qu\u2019elle ne tenait pas sur la pelle d\u2019enfournement et retombait de chaque c\u00f4t\u00e9. Et le grand-p\u00e8re pestait\u2026<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify; tab-stops: 1.0cm;\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Garamond;\"><span style=\"mso-tab-count: 1;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/span>Pour l\u2019achat des autres produits, le caf\u00e9, le sucre, l\u2019huile, le sel, le chocolat quand il y en avait, la plupart payait avec des \u0153ufs que mon p\u00e8re ramassait dans une grande caisse de bois install\u00e9e dans la camionnette. Le coquetier de Jaligny venait les chercher chaque semaine. Je me souviens qu\u2019avec mes fr\u00e8res et s\u0153urs nous les comptions, trois \u0153ufs dans chaque petite main, \u00e0 deux une douzaine \u00e0 chaque fois, et il ne fallait pas les casser bien s\u00fbr.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify; tab-stops: 1.0cm;\"><span style=\"font-size: small; color: #000000; font-family: Garamond;\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify; tab-stops: 1.0cm;\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Garamond;\"><span style=\"mso-tab-count: 1;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/span><span style=\"mso-spacerun: yes;\">\u00a0<\/span>Et puis un jour, n\u2019y tenant plus, grand-p\u00e8re Jean d\u00e9cida le grand voyage\u00a0: demain, je vous emm\u00e8ne \u00e0 Vichy. A quelle date, je ne sais plus\u00a0? Avec quel moyen de transport, pas de souvenir\u00a0? En tout cas nous voil\u00e0 partis de bon matin. Un voyage \u00e0 la ville pensez donc\u00a0! Il y avait bien longtemps que les promenades n\u2019\u00e9taient plus possibles. Et \u00e0 Vichy\u00a0: reine des villes d\u2019eau, capitale de la France depuis quelques ann\u00e9es, si\u00e8ge du gouvernement de l\u2019Etat fran\u00e7ais, la ville du Mar\u00e9chal dont nous avions tous appris l\u2019hymne\u00a0: \u00ab\u00a0Mar\u00e9chal, nous voil\u00e0\u00a0!\u00a0\u00bb Enfin quand nous y sommes arriv\u00e9s, il n\u2019y avait plus grand chose. Mais pour moi, ce fut l\u2019\u00e9merveillement\u00a0: des rues larges comme des champs de pommes de terre, des maisons hautes de chaque c\u00f4t\u00e9 avec des fen\u00eatres, des fen\u00eatres et \u00e7a n\u2019en finissait pas, apr\u00e8s une rue, une autre rue, et \u00e0 droite et \u00e0 gauche. C\u2019\u00e9tait donc comme \u00e7a une ville. On ne savait plus o\u00f9 donner de la t\u00eate. Des magasins, des vitrines (avec sans doute peu de marchandises sur les pr\u00e9sentoirs), des caf\u00e9s, des restaurants, d\u2019immenses jardins publics, les halls des sources, des drapeaux, des banderoles, et du monde partout, que de monde sur les trottoirs, des automobiles et des voitures \u00e0 chevaux dans toutes les rues. Mon petit village de Thionne \u00e9tait compl\u00e8tement oubli\u00e9. En un seul jour mon univers s\u2019\u00e9largissait \u00e0 la terre enti\u00e8re. Il existait donc de par le vaste monde beaucoup de choses que je ne connaissais pas encore. Le soir m\u00eame, revenu dans mon lit familier, j\u2019ai d\u00fb mettre beaucoup de temps avant de trouver le sommeil. Les photographies que j\u2019avais vues dans les livres \u00e0 l\u2019\u00e9cole repr\u00e9sentaient des villes qui existaient donc RELLEMENT.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La Lib\u00e9ration. \u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Au printemps de 1945, j\u2019avais 5 ans et demi, j\u2019entendais et je comprenais d\u00e9j\u00e0 bien des choses. A propos de la guerre, bien s\u00fbr, mais elle \u00e9tait loin\u00a0: je ne la voyais pas ou si peu. J\u2019\u00e9coutais les adultes raconter ce qui se passait dans les bois de Jaligny, les r\u00e9sistants &#8230; <a title=\"La lib\u00e9ration\" class=\"read-more\" href=\"https:\/\/cherasse.com\/index.php\/2012\/02\/03\/la-liberation\/\" aria-label=\"En savoir plus sur La lib\u00e9ration\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-53","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-histoire"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/cherasse.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/53","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/cherasse.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/cherasse.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cherasse.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cherasse.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=53"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/cherasse.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/53\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":67,"href":"https:\/\/cherasse.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/53\/revisions\/67"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/cherasse.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=53"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/cherasse.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=53"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/cherasse.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=53"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}