{"id":51,"date":"2012-01-26T09:06:21","date_gmt":"2012-01-26T09:06:21","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cherasse.com\/?p=13"},"modified":"2025-10-13T10:12:52","modified_gmt":"2025-10-13T08:12:52","slug":"le-fantome","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cherasse.com\/index.php\/2012\/01\/26\/le-fantome\/","title":{"rendered":"Le fant\u00f4me"},"content":{"rendered":"<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify; tab-stops: 1.0cm;\"><strong style=\"mso-bidi-font-weight: normal;\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Garamond;\">Le fant\u00f4me.<\/span><\/span><\/span><\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify; tab-stops: 1.0cm;\"><strong style=\"mso-bidi-font-weight: normal;\"><span style=\"font-size: small; color: #000000; font-family: Garamond;\">\u00a0<\/span><\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify; tab-stops: 1.0cm;\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Garamond;\"><strong style=\"mso-bidi-font-weight: normal;\"><span style=\"mso-tab-count: 1;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/span><\/strong>Un soir d\u2019\u00e9t\u00e9, un soir de juillet. Il a fait une chaleur lourde toute la journ\u00e9e. Nous avons d\u00fb nous presser pour rentrer le foin fauch\u00e9 deux jours plus t\u00f4t et d\u00e9j\u00e0 bien sec. Il est maintenant au fenil, au-dessus de l\u2019\u00e9table, bien rang\u00e9, pas trop tass\u00e9, sal\u00e9. Depuis le milieu de l\u2019apr\u00e8s-midi de gros nuages blancs, ronds et ventrus sont venus de l\u2019ouest. Petit \u00e0 petit, de plus en plus nombreux ils ont envahi l\u2019horizon puis le ciel tout entier cachant le soleil qui cuit notre peau depuis ce matin. Il faut dire qu\u2019avec cette chaleur nous sommes peu habill\u00e9s\u00a0: un short, une chemisette, des sandalettes. Le foin nous pique les pieds, nous \u00e9gratigne les cuisses surtout lorsqu\u2019il y a des chardons. Les brindilles s\u00e8ches p\u00e9n\u00e8trent sous nos v\u00eatements lorsque nous transportons et entassons le foin dans le fenil.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify; tab-stops: 1.0cm;\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Garamond;\"><span style=\"mso-tab-count: 1;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/span>Enfin pour aujourd\u2019hui, nous avons termin\u00e9. Apr\u00e8s le repas du soir, \u00e9puis\u00e9s par le soleil et la longue journ\u00e9e de travail, nous allons nous coucher. Nous partageons la m\u00eame chambre avec mon fr\u00e8re Michel, celle qui donne sur la route, c\u00f4t\u00e9 ouest. Il fait encore tr\u00e8s chaud. Les nuages violac\u00e9s, presque noirs semblent immobiles, laissant \u00e0 certains moments passer les derniers rayons du soleil. \u00ab\u00a0Il y aura de l\u2019orage cette nuit\u00a0\u00bb a dit le grand-p\u00e8re Jean, quand il est rentr\u00e9 apr\u00e8s avoir piss\u00e9, dehors, le nez au vent. \u00ab\u00a0On a bien fait de rentrer tout le foin du pr\u00e9 du bas\u00a0\u00bb. Il n\u2019est pas tr\u00e8s bavard. Seulement l\u2019essentiel, l\u2019indispensable. Il se couche t\u00f4t, m\u00eame en \u00e9t\u00e9, car c\u2019est lui qui p\u00e9trira la p\u00e2te pour la premi\u00e8re fourn\u00e9e de pain vers une heure, demain matin.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify; tab-stops: 1.0cm;\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Garamond;\"><span style=\"mso-tab-count: 1;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/span>Nous aussi, les gar\u00e7ons, nous allons nous coucher. Nos deux s\u0153urs aident \u00e0 laver et ranger la vaisselle du repas du soir. Et puis tout le monde au lit. M\u00eame dans la chambre, il fait chaud encore ce soir, une chaleur lourde, \u00e9touffante. Nous laissons la fen\u00eatre ouverte. Ce qui \u00e9tait annonc\u00e9 ne tarde pas \u00e0 se manifester. Le tonnerre au loin commence \u00e0 gronder du c\u00f4t\u00e9 de Moulins, \u00e0 rouler faiblement d\u2019abord, par intermittence, puis se rapproche, s\u2019arr\u00eate, reprend. Nous n\u2019avons pas peur, mais nous restons \u00e9veill\u00e9s Michel et moi. L\u2019orage aussi fait partie de notre vie. Dehors, il fait tout \u00e0 fait nuit. Mais le paysage est illumin\u00e9 irr\u00e9guli\u00e8rement par des \u00e9clairs. L\u2019orage se rapproche. C\u2019est pour nous ce soir. J\u2019esp\u00e8re que nous n\u2019avons rien oubli\u00e9 dehors qui craigne la pluie ou le vent. On entend la foudre<span style=\"mso-spacerun: yes;\">\u00a0 <\/span>du c\u00f4t\u00e9 de Saint-Voir ou de Chapeau. Monsieur Fauconnier notre instituteur nous a appris \u00e0 calculer la distance d\u2019un orage. Tu comptes les secondes s\u00e9parant l\u2019\u00e9clair et le bruit du tonnerre et tu as la distance en kilom\u00e8tres. Dix secondes, dix kilom\u00e8tres, trois secondes trois kilom\u00e8tres. L\u2019orage se rapproche. <\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify; tab-stops: 1.0cm;\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Garamond;\"><span style=\"mso-tab-count: 1;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/span>La fatigue accumul\u00e9e au cours de la journ\u00e9e nous terrasse et nous nous endormons. Enfin nous commen\u00e7ons \u00e0 nous endormir, \u00e0 traverser cette limite de demi \u00e9veil, demi sommeil, ind\u00e9cis et troublant. C\u2019est \u00e0 cet instant que, doucement la porte de notre chambre s\u2019ouvre, presque sans bruit, et qu\u2019appara\u00eet un fant\u00f4me, un revenant. En longue chemise de nuit blanche qui lui cache m\u00eame les pieds, notre grand-m\u00e8re Marie, les cheveux d\u00e9faits, une bougie allum\u00e9e dans une main et le rameau de buis b\u00e9nit dans l\u2019autre s\u2019avance doucement dans la chambre pour ne pas nous r\u00e9veiller. La faible lumi\u00e8re de la bougie projette des lumi\u00e8res vacillantes et d\u00e9mesur\u00e9ment agrandies sur les murs, sur les glaces de l\u2019armoire, multipliant les personnages. Nous sommes clou\u00e9s dans notre lit, immobilis\u00e9s par la peur. <\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify; tab-stops: 1.0cm;\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Garamond;\"><span style=\"mso-tab-count: 1;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/span>\u00ab\u00a0Je suis venue voir si vous n\u2019aviez pas peur de l\u2019orage. Vous ne risquez rien. Le buis b\u00e9nit des Rameaux nous prot\u00e8ge. Dormez bien.\u00a0\u00bb Et la voil\u00e0 repartie tout aussi silencieusement qu\u2019elle \u00e9tait entr\u00e9e dans notre chambre. On dirait qu\u2019elle flotte dans l\u2019air ou qu\u2019elle glisse sur le plancher car on ne voit pas ses pieds. Nous sommes morts de trouille, chacun dans notre lit, bien r\u00e9veill\u00e9s, le drap relev\u00e9 jusqu\u2019au nez. L\u2019orage, lui, continue comme si de rien n\u2019\u00e9tait, la foudre p\u00e8te, peste, \u00e9clate dans le ciel, flambe la cime des arbres, les grosses gouttes de pluie se d\u00e9cha\u00eenent tout \u00e0 coup sur les tuiles, tout proche au dessus de nos t\u00eates et puis plus rien, plus d\u2019\u00e9clair, de tonnerre, de pluie et de fant\u00f4me\u00a0: nous nous sommes endormis.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify; tab-stops: 1.0cm;\"><span style=\"font-size: small; color: #000000; font-family: Garamond;\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify; tab-stops: 1.0cm;\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Garamond;\"><span style=\"mso-tab-count: 1;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/span>Le lendemain matin, apr\u00e8s le petit d\u00e9jeuner, nous nous dirigeons comme souvent vers le fournil o\u00f9 travaillent Henri et Jean, nos p\u00e8re et grand-p\u00e8re. C&rsquo;est un lieu exigu et chaud, o\u00f9 tout est blanc, les murs les objets et les hommes. Mais ce sont les odeurs qui en font la caract\u00e9ristique premi\u00e8re, et aujourd\u2019hui encore je les ai dans un petit coin de mon souvenir et je peux les rappeler<span style=\"mso-spacerun: yes;\">\u00a0 <\/span>quand je veux. Il y a d\u2019abord l\u2019odeur de la farine de bl\u00e9 qui flotte dans l\u2019air, tellement fine qu\u2019elle entre partout. Le parfum si caract\u00e9ristique de champignon de la levure de boulanger, la levure \u00ab\u00a0Springer\u00a0\u00bb qui nous \u00e9tait vendue en pains d\u2019un kilo sous un emballage de papier blanc et bleu. Et l\u2019odeur aigrelette de la fermentation du levain pr\u00e9par\u00e9 la veille et laiss\u00e9 \u00e0 gonfler dans une corbeille pour ensemencer chaque fourn\u00e9e. Le parfum, car pour nous c\u2019en \u00e9tait un, du bois s\u00e9ch\u00e9 dans le four, chaque essence ayant sa caract\u00e9ristique. Enfin l\u2019odeur du pain sortant du four, bien cuit, \u00e0 la limite d\u2019\u00eatre br\u00fbl\u00e9 pour que sa cro\u00fbte \u00e9paisse prot\u00e8ge au moins pour une semaine la mie moelleuse. <\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify; tab-stops: 1.0cm;\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Garamond;\"><span style=\"mso-tab-count: 1;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/span>Aussit\u00f4t arriv\u00e9s, nous nous blottissons dans un coin o\u00f9 nous savons ne pas g\u00eaner les boulangers au travail, assis sur un sac de farine pr\u00e8s de la fen\u00eatre. Mais nous ne manquons ni une action, ni un geste de ce que pourtant nous connaissons par c\u0153ur pour l\u2019avoir vu des centaines de fois. Le miracle de la transformation de farine, d\u2019eau et de sel en ce pain br\u00fblant craquant et odorant qui sort du four avec le geste immuable du grand-p\u00e8re Jean, le ma\u00eetre boulanger, le compagnon du Tour de France pendant sa jeunesse\u00a0: il sort la miche de dix livres du four avec la pelle de bois, la prend entre ses mains, la regarde, la retourne sur le c\u00f4t\u00e9 et tapote le dessous avec trois doigts pour faire sonner la cro\u00fbte et estimer ainsi son degr\u00e9 de cuisson. Quel spectacle. Inoubliable. Nous sommes envelopp\u00e9s par l\u2019odeur de pain frais sortant du four, la cro\u00fbte dor\u00e9e et craquante, le pain si simple et app\u00e9tissant.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify; tab-stops: 1.0cm;\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Garamond;\"><span style=\"mso-tab-count: 1;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/span>\u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce que c\u2019est p\u00e9p\u00e9\u00a0?\u00a0\u00bb demande Michel en montrant un oiseau blotti dans une corbeille \u00e0 pain.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify; tab-stops: 1.0cm;\"><span style=\"font-size: small; color: #000000; font-family: Garamond;\">\u00ab\u00a0As-tu entendu l\u2019orage cette nuit\u00a0?\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify; tab-stops: 1.0cm;\"><span style=\"font-size: small; color: #000000; font-family: Garamond;\">\u00ab\u00a0Oui, oui, on l\u2019a entendu.\u00a0\u00bb Regard furtif vers Michel. O\u00f9 veut-il en venir le grand-p\u00e8re\u00a0?<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify; tab-stops: 1.0cm;\"><span style=\"font-size: small; color: #000000; font-family: Garamond;\">\u00ab\u00a0Cette nuit vers deux heures, pendant que je p\u00e9trissais la premi\u00e8re fourn\u00e9e, j\u2019ai entendu frapper \u00e0 la fen\u00eatre. L\u2019orage grondait, il pleuvait encore tr\u00e8s fort, le vent soufflait en bourrasques folles. J\u2019ai ouvert \u00e0 cet oiseau affol\u00e9, tremp\u00e9, \u00e9puis\u00e9 qui a d\u00fb \u00eatre attir\u00e9 par la seule lumi\u00e8re de Thionne \u00e0 cette heure-l\u00e0. Et savez-vous ce que c\u2019est\u00a0? Regardez bien\u00a0?\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify; tab-stops: 1.0cm;\"><span style=\"font-size: small; color: #000000; font-family: Garamond;\">Nous nous approchons pour mieux voir.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify; tab-stops: 1.0cm;\"><span style=\"font-size: small; color: #000000; font-family: Garamond;\">\u00ab\u00a0Une tourterelle\u00a0? Un pigeon\u00a0?\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify; tab-stops: 1.0cm;\"><span style=\"font-size: small; color: #000000; font-family: Garamond;\">\u00ab\u00a0Un pigeon, oui, mais pas n\u2019importe quel pigeon. Regardez, dit-il en soulevant l\u2019oiseau bleut\u00e9 au bec rouge. Regardez bien sa patte. Eh oui\u00a0! c\u2019est un pigeon voyageur. Vous voyez sa bague, avec un num\u00e9ro. Je lui ai donn\u00e9 du grain et \u00e0 boire. Il s\u2019est repos\u00e9 et s\u00e9ch\u00e9 et je vous ai attendu pour le laisser repartir.\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoBodyText\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"font-size: small; color: #000000; font-family: Garamond;\">Et nous voil\u00e0 tous les quatre dans la cour par un matin de juillet tout lav\u00e9 par l\u2019orage de la nuit. Jean tenait doucement serr\u00e9 dans ses mains le pigeon\u00a0: \u00ab\u00a0En Argonne, avec notre r\u00e9giment il y avait une section colombophile pour les liaisons avec le quartier g\u00e9n\u00e9ral. C\u2019\u00e9tait bien plus s\u00fbr que le t\u00e9l\u00e9phone\u00a0!\u00a0\u00bb Un nuage de souvenirs de jeunesse et de terreur pass\u00e8rent dans ses yeux. Il \u00e9l\u00e8ve doucement les mains et les ouvre. Le pigeon lib\u00e9r\u00e9 s\u2019\u00e9l\u00e8ve rapidement en quelques coups d\u2019ailes, fait un cercle au dessus de nous puis met le cap au nord et dispara\u00eet du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019\u00e9glise. Un pigeon voyageur, c\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re fois que nous en voyions un.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify; tab-stops: 1.0cm;\"><span style=\"font-size: small; color: #000000; font-family: Garamond;\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify; tab-stops: 1.0cm;\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Garamond;\"><span style=\"mso-tab-count: 1;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/span>Nous rentrons tous les quatre au fournil que nous nommons ici le fournier. Les deux hommes reprennent leurs taches respectives, silencieusement, et nous, nos observations tout aussi silencieuses. Mon p\u00e8re sort la p\u00e2te toute fra\u00eeche du p\u00e9trin, p\u00e8se les p\u00e2tons d\u00e9coup\u00e9s au coupe-p\u00e2te dans une balance suspendue pour en faire des boules qui donneront apr\u00e8s la cuisson des michons de deux livres appel\u00e9 aussi pain long, des couronnes de trois, quatre ou six livres, enfin des miches de six ou dix livres pour les fermes. Jean, lui \u00ab\u00a0tourne\u00a0\u00bb le pain\u00a0: il prend chaque morceau de p\u00e2te sur la planche bien enfarin\u00e9e et, avec ses seules mains agiles, caresseuses ou violentes en sort un pain allong\u00e9, une boule ou une couronne avec son trou au centre fait par \u00e9crasement de la paume, la p\u00e2te \u00e9tir\u00e9e en la faisant tourner \u00e0 deux mains. Le pain ainsi tourn\u00e9 est ensuite plac\u00e9 dans une corbeille en osier \u00e0 sa forme et laiss\u00e9 au repos pour que le levain entre lentement en action dans la chaude atmosph\u00e8re du fournil. Le levage est aussi un moment de repos pour les boulangers. Le temps de prendre une soupe bien chaude, le cul sur un sac de farine. Le temps aussi de quelques bavardages.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify; tab-stops: 1.0cm;\"><span style=\"font-size: small; color: #000000; font-family: Garamond;\">\u00ab\u00a0Alors, vous avez entendu l\u2019orage cette nuit\u00a0?\u00a0\u00bb demande grand-p\u00e8re.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify; tab-stops: 1.0cm;\"><span style=\"font-size: small; color: #000000; font-family: Garamond;\">\u00ab\u00a0Oui\u00a0! oui\u00a0!\u00a0\u00bb r\u00e9ponse en ch\u0153ur.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify; tab-stops: 1.0cm;\"><span style=\"font-size: small; color: #000000; font-family: Garamond;\">\u00ab\u00a0Et vous avez eu peur\u00a0?\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify; tab-stops: 1.0cm;\"><span style=\"font-size: small; color: #000000; font-family: Garamond;\">Toujours en ch\u0153ur\u00a0:\u00a0\u00bb Non\u00a0! non\u00a0!\u00a0\u00bb On est d\u00e9j\u00e0 des hommes, nous. Des gar\u00e7ons en tout cas. Pas des trouillardes de filles. <\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify; tab-stops: 1.0cm;\"><span style=\"font-size: small; color: #000000; font-family: Garamond;\">\u00ab\u00a0Eh bien moi, un jour, j\u2019ai eu peur de l\u2019orage\u00a0\u00bb dit le grand-p\u00e8re en s\u2019asseyant pr\u00e8s de nous sur un sac de farine. \u00ab\u00a0Je revenais de la foire \u00e0 Moulins jusqu\u2019\u00e0 Saint-Voir o\u00f9 j\u2019habitais quand j\u2019\u00e9tais jeune. La nuit tombait et l\u2019orage mena\u00e7ait, tout comme hier soir. Le tonnerre se rapprochait. J\u2019\u00e9tais presque arriv\u00e9. Je traversais les bois du Verger juste avant d\u2019arriver au domaine des Guillots. A la sortie du bois, la pluie s\u2019est mise \u00e0 tomber, un vrai d\u00e9luge. J\u2019ai d\u00fb m\u2019abriter sous un gros ch\u00eane avec mon cheval que je tenais \u00e0<span style=\"mso-spacerun: yes;\">\u00a0 <\/span>la bride car il avait bien peur lui aussi. Le tonnerre p\u00e9tait de partout, \u00e0 droite, \u00e0 gauche, qu\u2019on se serait cru \u00e0 la c\u00f4te 231 en 16, l\u00e0-bas en Champagne. Que faire\u00a0? Continuer ou rester sous cet arbre\u00a0? Je n\u2019ai pas eu le temps de me le demander longtemps. Quand j\u2019ai rouvert les yeux, j\u2019\u00e9tais le cul par terre sous la pluie, tremp\u00e9 et le cheval que je tenais par la bride \u00e9tait l\u00e0, raide mort frapp\u00e9 par la foudre sous le ch\u00eane. Je me suis t\u00e2t\u00e9. Je n\u2019avais rien de cass\u00e9, rien de br\u00fbl\u00e9. J\u2019\u00e9tais aussi \u00e9tourdi que si j\u2019avais bu deux litres de gn\u00f4le ou si le 75 de derri\u00e8re la tranch\u00e9e avait explos\u00e9\u00a0! Bayard \u00e9tait l\u00e0, mort entre les brancards de la carriole, raide, l\u2019\u0153il encore ouvert sur le monde qu\u2019il venait de quitter. Je l\u2019ai laiss\u00e9 pour aller jusqu\u2019aux Guillots raconter tout \u00e7a. \u00ab\u00a0Mon cheval a \u00e9t\u00e9 foudroy\u00e9 sous le ch\u00eane \u00e0 la sortie du bois du Verger.\u00a0\u00bb Le bounhoume selle un cheval, allume deux lampes temp\u00eate car la nuit \u00e9tait tomb\u00e9e. Et nous voil\u00e0 partis avec son fils et un ouvrier pour nous aider\u2026.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify; tab-stops: 1.0cm;\"><span style=\"font-size: small; color: #000000; font-family: Garamond;\">Nous \u00e9tions bouche b\u00e9e\u00a0: le cheval de grand-p\u00e8re a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 alors qu\u2019il le tenait par la bride, et lui n\u2019a rien eu.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify; tab-stops: 1.0cm;\"><span style=\"font-size: small; color: #000000; font-family: Garamond;\">\u00ab\u00a0Quand vous \u00eates surpris par l\u2019orage, il ne faut pas vous r\u00e9fugier sous un arbre. C\u2019est trop dangereux car il attire la foudre. Il faut se coucher par terre, loin de tous les objets m\u00e9talliques.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify; tab-stops: 1.0cm;\"><span style=\"font-size: small; color: #000000; font-family: Garamond;\">Mais c\u2019est plus facile \u00e0 dire qu\u2019\u00e0 faire\u00a0!\u00a0\u00bb <\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"margin: 0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"font-size: small; color: #000000; font-family: Garamond;\">\u00a0<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le fant\u00f4me. \u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Un soir d\u2019\u00e9t\u00e9, un soir de juillet. Il a fait une chaleur lourde toute la journ\u00e9e. Nous avons d\u00fb nous presser pour rentrer le foin fauch\u00e9 deux jours plus t\u00f4t et d\u00e9j\u00e0 bien sec. Il est maintenant au fenil, au-dessus de l\u2019\u00e9table, bien rang\u00e9, pas trop tass\u00e9, sal\u00e9. Depuis le milieu &#8230; <a title=\"Le fant\u00f4me\" class=\"read-more\" href=\"https:\/\/cherasse.com\/index.php\/2012\/01\/26\/le-fantome\/\" aria-label=\"En savoir plus sur Le fant\u00f4me\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-51","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-histoire"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/cherasse.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/51","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/cherasse.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/cherasse.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cherasse.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cherasse.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=51"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/cherasse.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/51\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":69,"href":"https:\/\/cherasse.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/51\/revisions\/69"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/cherasse.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=51"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/cherasse.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=51"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/cherasse.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=51"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}